Les 10 principes pour franchir la barrière de l’intrapreneuriat

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Les 10 principes pour franchir la barrière de l’intrapreneuriat

  • Hack40 – Les 10 principes de l'intrapreneuriat

Sans faire un cours d’histoire sur l’intrapreneuriat, il n’est pas inutile de rappeler d’où le terme prend ses origines. Comme souvent, ceux qui ont commencé à développer le concept ne sont pas ceux qui l’ont popularisé. L’intrapreneuriat a été formalisé pour la première fois en Suède en 1975, et oui en Europe, et sera vraiment tangible après la création de “L’école de l’intrapreneuriat” création de 3 consultants Suédois. Le wikipédia anglophone l’attribue à Gifford et Elisabeth Pinchot.

Gifford et Elisabeth Pinchot sont ceux que l’histoire retiendra grâce à l’impact du livre “intrapreneuring: why you don’t have to leave the corporation to become an entrepreneur” paru en 1985. C’est ce livre qui démocratisera l’intrapreneuriat comme une alternative aux processus d’innovation classiques. Il est seulement signé de Gifford Pinchot mais l’ouvrage est basé sur une étude menée par le couple.

Ce qui épatant c’est l’incroyable actualité des 10 commandements de l’intrapreneur issus de cette réflexion.

Les 10 commandements

1. Come to work each day willing to be fired

“Venez au boulot, chaque jour, en étant prêt à vous faire virer”. On voit bien dans ce commandement, la lutte contre son appréhension de perdre son job quand on souhaite construire un nouveau business dans un cadre plus établi, plus légitime et plus normé. On peut aussi y voir que l’important c’est d’abord de construire plutôt que de s’attacher à un job qui vous empêcherait d’intraprendre. Le bilan est simple : si vous avez l’état d’esprit “entrepreneur” dans un contexte corporate, même vos crédits, vos responsabilités familiales ou la renommée qu’offre votre statut de “chef de projet innovation”, ne vous retiendront pas dans une organisation qui ne vous laisse pas créer de la valeur. Celà vous posera problème un jour ou un autre.

2. Circumvent any orders aimed at stopping your dream

“Contournez tous les ordres visant à arrêter votre rêve”. Là il y a du boulot si l’on souhaite appliquer ce commandement. Rare sont les organisations qui tiennent compte des rêves des collaborateurs. Certaines commencent à comprendre qu’elles peuvent en tirer bénéfice, quand il y a rencontre entre les objectifs de l’entreprise et les rêves des individus. On peut le comprendre comme un avertissement “ne vous laissez pas pervertir”, “ne devenez pas aigris au point de ne plus croire en rien”, et surtout “ne perdez pas le sens qui guide votre vie”. Pourquoi est-ce important ? Parce qu’un intrapreneur se doit d’avoir des convictions pour trouver la force de lutter contre le mainstream. Parce que le sens est le meilleur levier pour se motiver et communiquer sa motivation à d’autres. Par exemple, l’organisation en silos crée tellement de non-sens que cela en justifie le Hack. Contourner voire dépasser la hiérarchie, les process créaticides (la boite à idée qui ne mène à rien) et les chapelles d’experts. 

3. Do any job needed to make your project work, regardless of your job description

“Faites n’importe quelle tâche nécessaire pour que votre projet fonctionne, quelle que soit la description de votre poste”. Ouh là, mais on chahute Taylor et les métiers qui ont rédigé la fiche de poste. On en revient même à se rapprocher de la définition d’un Maker :“Un individu qui ne respecte pas le territoire de ses compétences initiales”. En gros, ce n’est pas la description de ton poste qui définit les actions d’un intrapreneur. Donc il ne faut pas s’étonner si l’intrapreneur crée quelques frictions dans les organisations. Faire sa communication tout seul parce que l’on n’a pas la légitimité pour avoir un budget pour son initiative. Aller voir le client lorsque qu’il y a des commerciaux dont c’est le métier, chahuter le statut quo, entrevoir de nouvelles opportunité business… On ne peut pas raisonner en poste normé et calibré puisque ce sont les aléas et opportunités rencontrés dans le cheminement de l’entrepreneur qui déterminent les actions à faire ou à ne pas faire. Cette philosophie entrepreneuriale révèle l’incapacité et la schizophrénie de l’organisation à planifier l’avenir et à organiser sa transformation. Il devient impératif de réinventer votre activité et cela passe d’abord par la définition de votre poste.

4. Find people to help you

Aujourd’hui, On dirait “Construisez votre tribu”. C’est un des Hacks les plus répandus chez les Cultural hackers ou autres rebeles constructifs dans les organisations. Qu’est-ce qui nous empêche de construire une communauté ? Ou tout simplement de trouver des alliés parmi les collègues proches ou éloignés. Qu’est-ce qui vous empêche de construire une activité sur le volontariat des gens que vous arrivez à engager avec votre initiative ? C’est même une étape essentielle de votre business, apprenez à pitcher votre initiative. Vous pouvez sérieusement vous remettre en question si vous n’arrivez pas à convaincre vos collègues de vous donner un coup de main. Comme nous vivons une époque beaucoup plus outillée que celle de Gifford et Elizabeth Pinchot, vous avez en main de nombreux outils pour recruter à l’intérieur ou à l’extérieur de l’entreprise. Le growth Hacking, les réseaux sociaux internes et externes sont des levier plus qu’efficaces pour trouver des alliés.

5. Follow your intuition about the people you choose, and work only with the best

“Ecoutez votre intuition sur les personnes que vous choisissez, et ne travaillez qu’avec les meilleurs”. Ici on s’arrêtera à l’interpréter comme “ne travaillez qu’avec des individus avec qui ça fit !”. Chers intrapreneurs, l’intuition a sa place dans votre démarche. On peut même défendre cette position de manière très rationnelle. Quand vous avez un bon feeling et que vous avez alimenté votre cerveau de bonnes problématiques business, de bonnes questions sur ce que voulez faire et d’une réflexion sur le profil, le comportement, ou les compétences, l’intuition est une sorte de message poussé par votre cerveau. Bien sûr que l’on peut se tromper et vous pouvez toujours redonner sa chance à quelqu’un. La question est est-ce que vous avez le temps?

6. Work underground as long as you can –  publicity triggers the corporate immune mechanism

“Travaillez en cachette car la publicité va déclencher les mécanismes de défenses immunitaires de l’entreprise”. Tellement vrai, que cette pratique a été officialisée dans une publication de 1963. Pratique connue sous la dénomination de “Bootlegging in business”. En France, on parlera de travail en perruque ou en sous-marin. Ce commandement trouve sa justification dans la difficulté que certaines grandes organisations ont dans la gestion des idées et initiatives qui vont à l’encontre de leurs processus standards ou de la culture d’entreprise. On peut citer un exemple très fréquent : la peur de communiquer sur quelque chose d’imparfait ou de non officiel. Il existe toute une littérature sur le sujet, sur l’ambidextrie des organisations, sur les théories du changement ou de l’innovation… Pragmatiquement pour un intrapreneur la difficulté est de gérer le moment où il ne sera plus possible de développer son projet de manière cachée. Le danger de ce principe est de croire que l’on peut faire l’ensemble de votre démarche intrapreneuriale sous le radar. Il y a toujours un moment où l’on doit raccrocher ce nouveau projet dans la réalité de l’entreprise. Ceci implique de trouver du sponsoring, des alliés et bénéfices pour l’entreprise. Il reste toujours des questions : est-ce que je dévoile mon projet quand je l’ai déjà vendu ? Faut-il que j’officialise tout ce travail pour pouvoir embaucher ? C’est un moment clé aussi stratégique que le moment du “job out” ou de la levée de fond de l’entrepreneur (à relativiser bien sûr).

7. Never bet on a race unless you are running in it

“Ne pariez jamais sur une course sauf si vous courez dedans”. À la française on dirait peut-être “un tiens vaut mieux que 2 tu l’auras”. Il y a plusieurs bons conseils dans ce commandement. Être intrapreneur, c’est souvent apprendre à gérer les différences de priorités (et par conséquent de rythme) entre celles de votre projet et celles de l’entreprise. N’attendez pas l’arrivée de la nouvelle démarche “client” officielle pour faire vos supports et vendre votre nouveau produit. De toute façon même si la “nouvelle démarche client“ arrivait à temps vous risquez d’être le dernier à y être intégré. Il y a aussi une question de leadership ou d’engagement qui est sous-entendu. Ne vous appuyez pas sur des assets qui n’en sont pas. C’est un conseil très repris dans les principes de l’effectuation que de faire avec ce que l’on a et pas sur des hypothétiques et onéreux moyens. Donc, quand on est dans la course, on peut miser le résultat qui en découle car vous êtes le seul à connaître les priorités de votre projet.  

8. Remember it is easier to ask forgiveness than to ask permission

“Il est plus facile de demander pardon que de demander la permission”. La formulation peut sembler approximative même si l’on comprend bien ce que souhaite dire G.Pinchot. Si vous demandez la permission il est possible que l’on vous refuse ce que vous demandez. Quoi de plus normal, si vous êtes le seul à courir après une opportunité que l’organisation n’a pas considérée. Votre manager ou le collègue qui peut faire barrage entre vous et la ressource dont votre projet a besoin a d’autres objectifs et bien d’autres préoccupations. Passer outre et s’excuser ensuite est souvent la seule possibilité pour faire avancer les choses. Maintenant cela ne veut pas dire que votre Hack est responsable et c’est à vous de voir si vous pénalisez le business courant ou si votre action sera bénigne.

9. Be true to your goals, but realistic about the ways to achieve them

“Soyez fidèles à vos objectifs, mais réalistes quant aux moyens de les atteindre”. On pourrait le prendre comme un conseil moins spécifique à l’intrapreneuriat et que l’on entend souvent chez les entrepreneurs et même chez les bons chefs de projets. Mais ce serait sans connaître les travers que l’on emprunte dans une grande organisation. On peut avoir tendance à mobiliser toute une organisation pour un petit prototype (que l’on jettera ensuite). Aujourd’hui, tout cela est formalisé dans de nombreux ouvrages ou méthodologies de références : Lean UX, Lean Startup et Effectuation sont des approches qui vous permettent de fonctionner de manière itérative, d’inclure le test dans vos processus de développement et de raisonner en perte acceptable.  

10. Honor your sponsors

Pas besoin de traduire mais peut-être est-ce un commandement qui pourrait être étendu à tout l’écosystème qui vous a aidé. Réaliser un projet rupturiste ou un peu innovant, malgré les rigidités que l’on peut rencontrer dans les processus et les différentes “philosophies” professionnelles, peut mobiliser un grand nombre d’efforts de votre réseau. Vous vous devez d’honorer tout contributeur quel qu’il soit. Dans le cas contraire vous verrez votre communauté s’assécher très rapidement. Parfois vous entourez d’autres intrapreneurs sans même vous en apercevoir. Ils sont peut-être moins communicants, plus discrets mais chacun cherche un reward dans cette aventure. Est-ce de l’épanouissement, l’envie d’avoir un projet très collaboratif, la volonté d’accélérer sa carrière ? Est-ce de bonnes raisons ? À surveiller. Le partage est un mantra à garder à l’esprit même si l’exercice de n’oublier personne n’est jamais facile.

Conclusion

Bravo les Pinchots, nous, on adore ! On peut remarquer que certaines approches actuelles montrent des résonances avec ces commandements, par exemple, en se référant au courant des Makers ou des Corporates hackers. On remarque aussi une transgression des règles de l’organisation qui perdent leur légitimité dans un contexte d’innovation non réglée. Ce qui est doublement étonnant, c’est que Gifford Pinchot s’est lui-même censuré dans la version éditée en 2000 avec 6 commandements beaucoup moins radicaux. Peut-être que les 10 commandements version 1985 étaient plus faciles à assumer quand il était entrepreneur consultant…

 

Un grand merci au currateur sur l’intrapreneuriat Olivier Leclerc Cofondateur des Hacktivateurs Scoop.it

Pour en savoir plus

Intrapreneuring 10 commandments G.Pinchot 2000:

1.Ask for advice before asking for resources, 2. Express gratitude, 3. Build your team; intrapreneuring is not a solo activity, 4.Share credit widely., 5.Keep the best interests of the company and its customers in mind, especially when you have to bend the rules or circumvent the bureaucracy. 6.Don’t ask to be fired; even as you bend the rules and act without permission, use all the political skill you and your sponsors can muster to move the project forward without making waves.

Les commandements du corsaire de Phillipe Méda, Page 30 du Slideshare

Les 10 commandements de l’intrapreneur de D.T. Schellhardt

2018-09-26T14:56:36+00:00January 22nd, 2018|Entrepreneuriat, Intrapreneuriat, Transformation|